Détective-scribe
Journal de bord, du 26 juillet 2025
La première famille Marvel revient enfin sur nos écrans. Vingt ans après la version de 2006 portée par Jessica Alba, et dix ans après celle de 2015 avec Michael B. Jordan, les Quatre Fantastiques s’offrent une nouvelle renaissance. Mais cette fois, Marvel Studios ne se contente pas de refaire car la maison des idées choisit de proposer une vision profondément différente, presque radicale, par rapport aux adaptations précédentes.
Nous sommes ici face à un film de super-héros résolument coloré, qui rappelle immédiatement l’énergie et l’optimisme du Superman de James Gunn sorti seulement deux semaines auparavant. Un cinéma lumineux, sincère, qui croit à nouveau en ses héros.
À l’instar de DC, Marvel confie le projet à Matt Shakman, qui livre avec Les Quatre Fantastiques un film dont l’ambiance et l’esthétique témoignent d’un respect quasi obsessionnel pour les comics d’origine. Chaque plan semble pensé comme une déclaration d’amour au matériau source.
Bienvenue dans un univers utopique, un monde rêvé. Grâce à son génie scientifique, Reed Richards, alias Mr Fantastic (Pedro Pascal), a mis fin à la faim dans le monde. À ses côtés, Sue Storm, la Femme Invisible (Vanessa Kirby), a su éteindre les risques de conflits mondiaux par la force tranquille de son leadership. Ici, le progrès n’est pas une menace : il est une promesse.
Les Quatre Fantastiques ne sont pas simplement des super-héros. Ils forment une famille dont le destin est intimement lié à celui de leur monde, au point d’en devenir presque le cœur battant — ses véritables agglomérateurs. Ils sont les figures centrales de leur époque, les héros d’un âge d’or où tout semble possible.
Mais cet équilibre parfait, cette routine idéalisée, est chamboulé lorsque Sue tombe enceinte. Alors que la famille se prépare à l’arrivée de l’enfant, le récit bascule. Cet enfant n’est pas un simple bébé : il devient le véritable McGuffin de l’histoire, le catalyseur autour duquel tout va se jouer.
Ces dernières années, le style rétrofuturiste des années 1950 et 1960 n’a jamais cessé de hanter l’imaginaire de certains producteurs hollywoodiens. Périodiquement, ce rêve d’un futur idéalisé refait surface, tenté, relancé, parfois maladroitement, parfois avec grâce.
On se souvient de À la poursuite de demain avec George Clooney et Hugh Laurie, sorti en 2015, ou encore de Capitaine Sky et le Monde de demain dans les années 2000. Des films ambitieux, sincères, mais qui ont tous fini par se heurter à la dure réalité du box-office.
C’est pourtant du côté des séries que cette esthétique semble avoir trouvé un véritable second souffle. Hello Tomorrow! sur Apple TV+ nous propose une Amérique telle que l’imaginaient les pulp des années 1960.
La série Loki, sur Disney+, nous plonge dans une TVA à l’atmosphère art déco, évoquant les bâtiments new-yorkais des années 1930. Sans oublier la série Andor, enfin, nous invite à vivre le quotidien d’un citoyen de l’univers Star Wars, sur la planète-cité Coruscant, où les véhicules volants glissent entre d’immenses structures urbaines.
C’est précisément cette vision rétrofuturiste que Marvel Studios choisit d’embrasser pour Les Quatre Fantastiques. Nos héros évoluent dans un monde peuplé de voitures volantes, de robots aides-ménagers et de fusées prêtes à conquérir l’espace. Un futur ancien, chaleureux, optimiste — un futur qui donne envie d’y croire.
Les Quatre Fantastiques ne surgissent pas comme un simple film de super-héros, mais comme une réminiscence, un écho venu d’un futur que l’on croyait perdu. À travers ses lignes épurées, ses couleurs franches et ses machines élégantes, le film réveille une promesse ancienne : celle d’un monde façonné par le progrès, la solidarité et l’élan humain.
Ce futur rétrofuturiste n’est pas une fuite vers le passé. Il est un regard tendre posé sur ce que l’humanité espérait devenir. Un futur où la science n’écrase pas l’homme, mais l’accompagne. Où le progrès ne divise pas, mais rassemble. Où la modernité n’est pas synonyme de cynisme, mais d’élan collectif.
Dans un univers Marvel encore marqué par les secousses de la phase 4 — éclatée, foisonnante, parfois désorientée — Les Quatre Fantastiques apparaissent comme un point d’ancrage. Une œuvre qui ne cherche pas à accélérer, mais à réaccorder. À retrouver une harmonie entre le spectaculaire et l’intime, entre le destin du monde et celui d’une famille.
Car au cœur de ce récit, il n’est pas seulement question de sauver la planète ou d’explorer les étoiles. Il est question de transmission. D’un enfant à naître, porteur d’avenir. D’un monde à protéger, non en diffusant la peur, mais par la conviction que demain mérite d’exister. Le futur n’est plus une menace : il redevient une promesse fragile, presque sacrée.
Lorsque les fusées s’élèvent, lorsque les villes brillent et que le ciel s’ouvre, ce n’est pas seulement un décor qui s’anime, mais une idée qui renaît. Celle que le cinéma peut encore être un lieu de projection, un espace où l’on ose croire, ne serait-ce qu’un instant, en un avenir lumineux.
Et si Les Quatre Fantastiques marquent quelque chose, ce n’est peut-être pas le début d’une nouvelle phase, mais le retour d’un sentiment rare : celui de regarder le futur non avec crainte… mais avec optimiste.